décembre 5th, 2017 PARTICIPER À LA DISCUSSION

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BACK AT IT!

Je suis de retour sur WordUPBattles.net avec une nouvelle chronique qui s’appelle « Rap Queb 101 ». Dans ce nouveau projet, j’analyserai en profondeur des chansons de rap québécois. Je tenterai de vous expliquer chaque bars de ses pistes pour que vous puissiez mieux comprendre vos chansons préférées.

Pour débuter, je ferai une série d’article sur l’album Une année record de Loud où j’analyserais chacune de ses chansons où les références, les doubles-sens et les figures de style sont bien présentes.

SO FAR SO GOOD

La première piste de l’album s’intitule So Far So Good. Elle débute avec une petite introduction musicale assez calme jusqu’à ce que la voix de Loud vienne s’imposer. L’instrumental change complètement à ce moment. On entend seulement de gros « bass kicks » et la voix de Loud. Le rappeur rap quasiment a capella à ce moment où il balance huit bars :

Crois-moi, il s’en fait plus des comme nous d’nos jours
J’arrive avec ma bouteille pis mes Timb’ boots jaunes
I came to make money, I ain’t makin’ no jokes
J’te l’ai déjà dit, il s’en fait plus des comme nous d’nos jours, nah
Tu veux Loud sur un beat d’Ajust ?
Well, you got it all ready, avertis tes chums
Mon équipe roule serrée comme Cheech and Chong
99 amis en commun, still a bitch ain’t one

Loud commence en disant que lui et son équipe sont uniques : « Il s’en fait plus des commes nous d’nos jours », une phrase qu’il répètera à la 4e ligne pour vous rappeler que lui et son entourage sont seuls de leur espèce. En littérature, on appelle ça une répétition. Ce ne sera d’ailleurs pas la seule répétition faite par l’artiste dans ce morceau.

Entre la 1re ligne et la 4e, le MC nous mentionne qu’il « arrive avec [sa] bouteille pis [ses] Timb’ boots jaunes ». Lorsqu’il mentionne une bouteille, il parle bien sûr ici d’alcool, et les Timb’ boots jaunes sont une paire de bottes légendaire dans la culture hip-hop. Il parle des « Timberland’s Original Yellow Boots », une paire de bottes beige devenu populaire dans les années 90 grâce au Tupac, Notorious B.I.G., membres de Wu-Tang Clan et de Mobb Deep de cette culture. Loud balance ensuite une phrase en anglais où il dit qu’il est venu pour faire de l’argent et non des plaisanteries. Faire de l’argent, il le mentionne depuis Gullywood, le premier projet de son groupe Loud Lary Ajust (LLA). Rien de nouveau ici.

Il continu avec : « Tu veux Loud sur un beat d’Ajust ? Well, you got it all ready (et bien, voilà, tout est prêt), avertis tes chums », comme si Loud se disait : « Les gens veulent encore du LLA ? On va leur en donner ! », et c’est ce qu’il fait. Ajust était le producer de LLA. Comme quoi on ne change pas une recette gagnante.

Les 7 et 8e bars vont comme suit : « Mon équipe roule serrée comme Cheech and Chong, 99 amis en commun, still a bitch ain’t one ». Ici, nous avons un travail de référence intéressant. Premièrement, il mentionne que « [son] équipe roule serrée comme Cheech and Chong ». On comprend alors que lui et son entourage travail toujours ensemble, comme le duo humoristique Richard « Cheech » Marin et Tommy Chong qu’on a pu voir sur le grand écran dans des films comme Up in Smoke et Nice Dreams. Ces deux acteurs jouent toujours des rôles de stoners, de deux gars accroc à la marijuana, ce qui explique que l’équipe de Loud roule autant serrée. C’est un double sens, une référence au fait de rouler un joint de pot serré et au fait de rouler serrer avec ton équipe.

Lorsque le rappeur dit « 99 amis en commun, still a bitch ain’t one », il fait ici référence à la fameuse chanson « 99 Problems » du rappeur New-Yorkais Jay-Z où se dernier mentionne « I got 99 problems but a bitch ain’t one ». Il fait aussi référence à Facebook, ou tu peux voir le nombre d’amis que tu as en commun avec une autre personne.

Par la suite, Loud nous lance ceci :

Man, I just sat down, twenty weeks on a job
J’avais déjà tué le game, même pas fini mon album
Quelques millions de views, quelques visionnements
But I’m still, I’m still un petit génie from the block

Loud était déjà un rappeur très important au Québec depuis quelques années, mais il n’avait pas encore fini son projet solo qu’il avait mit sur la glace en 2009 pour travailler sur Gullywood avec Lary Kidd et A-Justice. Le tout explique la 2e ligne ci-dessus. Par la suite, il mentionne qu’il a « Quelques millions de views, quelques visionnements ». Loud fait surtout références au vidéoclip de sa chanson 56k, paru sur le EP New Phone, qui a dépassé le 1 million de vues sur YouTube. Certains vidéoclips de LLA sont aussi assez proche du million de vues. De plus, lorsqu’il mentionne qu’il est « un petit génie from the block », ceci est une référence à la chanson de Jennifer Lopez, Jenny from the Block, en collaboration avec Jadakiss et Styles P. Loud reprend donc le hook où l’on entend « i’m still, i’m still Jenny from the block », en remplaçant Jenny par génie. Il dit que malgré ses millions de vues et qu’il est un génie, il reste un gars qui vient du block, du hood.

Still a Reebok Classics (when I’m runnin’ the game)
Puisque mon nouveau téléphone aura sonné tout l’été
J’vous ai donné illimité en toute honnêteté
You ungrateful motherfuckers are you not entertained?

« Run » au vrai sens du mot se traduit au mot courir, mais au 2e degré, « run » veut dire maitriser quelque chose, le contrôler.  Donc Loud « run » le « game », le rap québécois et il le « run » avec des Reebok Classics. Il change ses bottes pour de bons running shoes. Lorsqu’il dit que « [son] nouveau téléphone aura sonné tout l’été », il fait référence à son EP New Phone qui est sorti en avril 2017 et qui a fait un buzz durant l’été. Les quatre derniers mots de ses quatre bars sont « … are you not entertained ? », référence à la phrase clichée du personnage de Russell Crowe, Maximus Decimus Meridius, dans le film Gladiator.

Par la suite, Loud y va d’une répétition en répétant deux phrases qu’il avait mentionnées plus tôt ;

Mon équipe roule serrée comme Cheech and Chong
99 amis en commun, still a bitch ain’t one

Pour ensuite balancer quatre nouvelles bars :

Renverse les pichets d’blonde, on vide les guichets d’banque
Au moment où on s’parle, I’m gettin’ rich and drunk
Still talkin’ my shit, still backin’ it up
Déjà un an sur le trône, mais j’en veux quatre minimum

Rien d’important à expliquer ici. Loud fait du bon vieux « brag rap » qui consiste à vanter ses faits et gestes. Peut-être seulement la dernière ligne où il mentionne : « Déjà un an sur le trône, mais j’en veux quatre minimum ». D’après Loud, il « run » le game depuis un an, mais il aimerait le faire pendant au moins quatre ans, ce qui semble être une référence à la politique et les mandats de quatre ans minimum. Loud 4 Prez ?

Ici-bas c’est l’action, pas la parole qui définit l’homme
So I’m about to make a killing, après ça finit là

Loud vient un peu se contredire ici. C’est bien beau de se venter, mais si tu n’agis pas, tu n’es rien. Donc Loud promet d’agir pour prouver ses dires.

On vous a donné la vie, on est vos parents légaux
On a même pavé la route jusqu’à Charles de Gaulle
On a pas cru vos personnages though, gotta let go
Avant que vous crouliez sous le poids de vos alter ego

La première ligne est intéressante. Lui et son équipe, Loud Lary Ajust, on crée une nouvelle tendance dans le rap québécois, un nouveau genre. Les nouveaux rappeurs qui imitent cette mode sont donc les « enfants » de « papa » Loud, une métaphore assez puissante pour dire que Loud a créé ces personnes, comme un homme crée un enfant. La deuxième ligne est encore plus intéressante. « On a même pavé la route jusqu’à Charles de Gaulle » souligne le fait qu’ils ont ouvert les portes au rap québécois pour aller percer en France. Encore plus évident depuis le succès de 56k et même Hell What A View. D’ailleurs, en mentionnant qu’ils ont « pavé la route jusqu’à Charles de Gaulle », Loud rend le tout comme étant un acte incroyable, puisque faire une route de pavé de Montréal à Paris est clairement impossible. Loud a donc fait l’impossible. Quand le rappeur mentionne « On a pas cru vos personnages though, gotta let go, avant que vous crouliez sous le poids de vos alter ego », il veut dire qu’il ne croit pas les autres rappeurs qui s’inventent des vies, des alter ego qui vont les rattraper un jour ou l’autre.

Pour finir la première chanson de l’album, Loud lance ceci :

Sors les bottles de Goose
Je mets pu les roses dans le canon d’un gun
Je sors les hoes de leur Canada Goose
J’sors un EP, j’sors un album, j’sors d’une année record
Sorti l’underground de ses canaux d’égouts
Yeah, so far, so good

La première ligne fait référence aux bouteilles de vodka Grey Goose, une marque d’alcool qui coute plutôt cher. La deuxième ligne est une référence à la chanson Automne de Loud Lary Ajust et Karim Ouellet lorsque Loud spit : « J’ai mis les roses dans le canon d’un gun que j’avais chargé de deux balles le premier jour où j’t’ai croisée en automne », une magnifique et romantique phrase qu’il vient désormais contredire dans So Far So Good avec la troisième ligne en enfilant : Je sors les hoes de leur Canada Goose. Il n’est plus très galant avec les femmes d’après ses dires. À la quatrième ligne, Loud y va d’une répétition des mots « je sors » pour nous montrer qu’il est un artiste actif. Il a sorti un EP, New Phone, maintenant un album qui s’intitule Une année record et qui sera à l’image de son année 2017. La cinquième ligne serait une référence à la pochette de l’album Gullywood où l’on apperçoit une bouche d’égout où y coule de l’or. Gullywood est d’ailleurs un mélange de richesse et de pauvreté, de beau et de laid.

Il fini le tout est disant que jusqu’à présent, tout va bien, et c’est impossible de dire le contraire.

Prochaine chanson à l’étude : Nouveaux riches.

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